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Critiques

Dernière mise à jour : 30 nov. 2021

Yves Comeliau réussit avec "Le Nouvel Être" à faire entendre les leçons des ténèbres et de lumières de Domme ou l'Essai d'Occupation, cette voix qui est celle du "vieilhommenfanfemme" mérite de susciter l'écho le plus large. Comme le réclamait Artaud : "Quittez les cavernes de l'être. Venez !"

(Thierry Dessolas, ex-directeur des affaires culturelles de Périgueux)



Une réincarnation d’Augiéras

Par Maxime Dalle, in Raskar Kapac.


L’écrivain François Augiéras croyait en l’éternel retour des choses vraies. Ce diable-ermite a vécu les dernières années de sa courte vie (1925-1971) dans une grotte périgourdine, à Domme. Tel un homme préhistorique, à l’écart du temps, il a su engager avec la Nature un dialogue frontal. Cela donnera Domme ou l’essai d’occupation. Une conversation lyrique avec la Terre où l’immémorial Augiéras vante la résurgence d’une civilisation enfouie. Le retour de l’homme ancien, de l’authentique païen.

Dans son Nouvel Être, Yves Comeliau s’empare du texte d’Augiéras et l’incorpore à sa chair. Il a choisi de déclamer les passages les plus audacieux de l’écrivain dommois. Son mépris pour l’homme contemporain et ordinaire, « race usée qui a raté son évolution cosmique ». Son antichristianisme nietzschéen qui tance la petite morale commune, celle qui empêche l’Homme d’entretenir des relations amoureuses avec l’Univers… Mais aussi et surtout, le désir impérial et solitaire de constituer une nouvelle civilisation qui ne serait pas futuriste mais ancestrale. En l’espace d’une heure, nous sommes suspendus à la temporalité d’Augiéras. Comeliau nous plonge dans un espace-temps obscur. L’on suit les déambulations métaphysiques de François Augiéras dans sa caverne, l’on contemple sa solitude courageuse. Le comédien se transforme en ménade tantôt euphorique tantôt suppliante. De la nuit rocailleuse jaillit parfois un rai de lumière salvateur. Comeliau a compris que la prose d’Augiéras était une transe charnelle.

Le texte de l’écrivain est sublimé par les poses picturales du comédien. Cela nous renvoie aux icônes peintes par Augiéras, à ses corps juvéniles et contorsionnés. Il faut recevoir Le Nouvel Être d’ Yves Comeliau comme une prière païenne jetée à la face de notre impuissance. C’est la supplique d’un enfant portée par la sagesse du vieillard. Impossible d’en ressortir tout à fait indemne. Comeliau porte ce nouvel évangile avec la maestria d’un chaman. S’opère ainsi la fameuse magie de l’éternel retour… Le temps d’une heure, Augiéras revient parmi nous.


Maxime Dalle est journaliste et écrivain, rédacteur en chef de la revue artistique Raskar Kapac qui a consacré sa dernière livraison à Augiéras. Maxime Dalle a récemment publié un essai biographique consacré à l’écrivain Hervé Guibert, Dans les braises d’Hervé Guibert, Louison édition, 2021.




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