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François Augiéras, au coeur de la pierre

Mis à jour : oct. 9

Création : septembre 2021


Faire entendre la voix d’Augiéras, c'est sauter sur le corps jouisseur d'un auteur physiquement et spirituellement guidé, "agi" par son instinct, par un courant de pensée, par des rages jubilatoires toutes humaines et cosmiques à la fois.

L'homme, l'écrivain et l'œuvre fusionnent. Car c'est bien le corps de l'auteur qui est mis en jeu comme expérience simultanée à tout acte d'écriture. Cette fusion crée une écriture nouvelle, inédite, aussi singulière que son auteur, comme un prolongement à la fois subtil et sauvage de son expérience de vivre et de penser, farouchement affranchi des conventions de son époque, comme il le serait de toute évidence encore aujourd’hui. Son panthéisme flamboyant, sa spiritualité délinquante, ses intuitions d’une dégénérescence prochaine, avancée, de l’être humain, de son appauvrissement et de son asservissement font d’Augiéras un enfant prophète et un medium solitaire. Dans l’espace confiné de sa caverne sans fond, il nous fait entendre, dans la résonance de ses nerfs, le chaos du monde. Un essai d’occupation c’est sans doute avant tout une ultime tentative d’exister.

Si Barbare, sauvage, primitif, voire délinquant, sont des mots titres qui reviennent souvent pour qualifier l’auteur, son écriture n'en est pas moins travaillée, précise, fluide et éclatante. La langue est noble et transparente, rythmée par des images éblouissantes comme un ruisseau au soleil, éclatantes de vie. L'acharnement et l'enchantement, l'exaspération et la jubilation s'entrechoquent dans cet animal libre et craintif.

Il y a de la théâtralité dans cette œuvre. François Augiéras est joueur. Dans Domme ou l'Essai d'occupation, sa grotte est comme une chambre d'enfant, un lieu magique où des êtres venus d'ailleurs sont invoqués. Il s'y cache dans une attente secrète, surgit soudain par la musique, il chante, puis s'immobilise, se tait, écoute. Il est hanté, dit-il, comme un acteur qui convoque des fantômes, dans le souvenir d'avoir déjà été et la promesse d'être à nouveau. Comme un enfant, il croit, et gare aux profanateurs ! Pas étonnant que ses partenaires de jeu idéal soient des enfants, des êtres toujours en relation avec les fées, les étoiles et les dieux, sacralisant l'espace qu'ils habitent, les objets qu'ils touchent, les êtres qu'ils regardent, tout comme dans un rituel renaissant de gestes à jamais premiers.

Avouant ne rien comprendre des humains, François Augiéras se fiche pas mal de savoir qui il est, d'où il vient et pourquoi il est venu sur cette planète. Aucune dissertation sur le sens de l'existence ne compose l'œuvre. Augiéras n'a pas de révélation à faire, d'analyses à livrer, de concepts à fabriquer. Son écriture n'est récupérable par aucune politique, aucune religion, aucune doctrine, aucun intellectualisme, aucun genre, aucun courant. Elle est nourrie de sa volonté d'exister sans autre but que la joie d'être. Dans son aptitude naturelle et la conscience supérieure d'un dialogue avec les astres, Augiéras flotte dans l'infini, le corps en jeu sur le sable humide de sa caverne - sa chambre royale ! – ou brûlant littéralement pendant des heures sous le soleil de juillet, amoureux de cette planète qu'il dit hanter depuis des millénaires, mourant ici et renaissant ailleurs, dans la certitude d'un éternel recommencement.

Domme ou l'Essai d'Occupation est une succession de mouvements, de provocations incantatoires ; de silences, d'immobilités, de mises à l'abri ; de prise de risques, de prudences, de faux-fuyants ; le plus loin possible des hommes civilisés, dans sa chère solitude mais aussi sa lourde détresse, il rumine l'espoir secret d'une rencontre. Jamais à l'abri d'une contradiction, d'un renversement, d'une transformation, Augiéras est tour à tour exaspérant et bouleversant, toujours déroutant de séduction et à jamais insaisissable.

Pour toutes ces raisons, l'écriture d'Augiéras ne ressemble à aucune autre, elle n'engendre qu'elle-même, inimitable. D'une force inouïe, personne ne peut dire la beauté de cette langue si ce n'est la langue elle-même quand elle peut se faire entendre.

Et c’est le projet de ce spectacle.

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